Une Semaine à vie

THE SCRIPTED EPISODE

Voix off, plan sur le corps d’une jeune femme étendue sur la pelouse.

Ce matin-là, la jeune Prudence est retrouvée morte dans le jardin de la Villa qu’elle partage avec ses petits camarades de jeu de la nouvelle téléréalité Une Semaine à vie, censée démasquer un tueur en série.

Cette jeune femme, au caractère très posé, avait toujours été très fidèle à son prénom et n’avait, jusqu’alors, jamais pris de risques exaltants pour se faire aimer du public.

Qu’avait-il bien pu se passer…?

 

Pour le savoir, il faut alors remonter quelques jours plus tôt…

 

 

Plan sur le salon. Prudence et Brenda-Lee sont assises sur le divan et discutent discrètement.

 

Brenda-Lee : Je me demande qui est le tueur… C’est fou de se dire qu’on va tous mourir.

Prudence : Moi, je ne veux pas mourir ici. Je veux aller le plus loin possible dans le jeu, jusqu’au bout de l’aventure.

Brenda-Lee : Moi aussi, bien sûr, mais comment savoir ce qui va se passer ?

Prudence : C’est une question de survie. Il faut juste vouloir survivre plus que tout autre chose.

Brenda-Lee : Oui je sais. Mais les garçons sont si mignons… Comment imaginer qu’un tueur se cache parmi eux !?

Prudence : Mignons, mignons, pas tous ! Adil moi je le trouve très laid franchement, il me donne envie de vomir !

 

Adil entre dans la pièce précisément à ce moment-là…

 

Adil : Ah ouais ? Tu me trouves laid ? Et bien merci, c’est très gentil…

 

Et il s’en va aussitôt.

 

 

Plan épaules sur Adil, face caméra – interview.

 

J’étais très vexé de ce que venait de dire Prudence. Vexé, car Brenda-Lee m’avait tout de suite tapée dans l’œil. Dès son arrivée. Et alors, je me suis dit : « C’est la honte ». Sur le moment, j’avais beau savoir que je n’étais pas le tueur en série, j’ai vraiment eu envie de la tuer…enfin… de la frapper tout au moins.

 

 

Voix off, la caméra se balade dans les couloirs de la maison…

Si Adil a déjà une bonne raison de ne pas aimer Prudence, il ne va pas tarder à en donner une également à Ivan, le grand et fort Ukrainien. Rappelons qu’aucun des candidats ne sait qui est le tueur en série, cependant il faut bien commencer par tuer quelqu’un et si Adil peut donner son avis…

 

 

Plan sur Adil, Ivan et Robert qui discutent dans la cuisine.

 

Adil : Elle a dit aux filles qu’elle pensait que c’était toi le tueur. Et qu’il fallait se méfier de toi.

Ivan : Mais pourquoi ? À quel moment a-t-elle pu penser ça ?

Adil : Elle a dit qu’elle l’avait vu dans tes yeux. Que de ton regard, il se dégageait de la mort…

Robert : Et qu’ont dit les autres ?

Adil : Elles étaient attentives. Elles ont dit que la bille ne fait pas le moine…

Robert : Hein ? Que l’habit ne fait pas le moine plutôt, non ?

Adil : Écoute, moi je répète c’est tout. Mais Prudence a ajouté : « Gardons Ivan dans notre ligne d’émir. S’il devient trop suspect, nous l’éliminerons et nous ne prendrons comme ça aucun risque – vu sa tête, je suis sûre qu’il ne manquera à personne ! » Et elle a rigolé…

 

 

Plan épaules sur Ivan, face caméra – interview.

 

Bien évidemment que j’étais en colère. Monter toutes les filles contre moi et projeter de me tuer en plus ? Elle y allait un peu fort. Pour le coup, à ce moment-là, j’aurais bien voulu être le tueur en série, parce que oui, la série, je l’aurais commencée par elle !

Quand je pense à ma famille, qui m’attend là-bas… Qui compte sur moi… Si ce passage a été enregistré, diffusé, et que tous les miens l’ont vu, alors ils doivent beaucoup souffrir, et c’est une idée qui  m’est insupportable…

 

 

Voix off, plan dans la chambre de Prudence alors que la jeune femme range ses affaires.

 

Sans qu’elle le soupçonne ne serait-ce qu’un instant, les animosités commencent à graviter autour de Prudence. Pourquoi agît-elle comme ça, c’est que voudrait bien comprendre son amie, Brenda-Lee.

 

 

Plan sur Prudence devant son étagère, quelqu’un frappe à la porte, Branda-Lee entre.

 

Brenda-Lee : Il faut que je te parle… On vient de retrouver Robert… il est mort. Il a été pendu dans le puits, c’est affreux.

Prudence : Ça c’est sûr. Ce jeu c’est vraiment n’importe quoi… Prudence paraît très contrariée. Après Blanche, et l’assassinat malencontreux de Victor, on ne s’attendait pas à ce qu’un autre garçon meure, c’est tout.

Brenda-Lee : Je ne comprends pas où tu veux en venir ?

Prudence : C’est pourtant simple ! Allô ? Nan, mais allô, quoi? Le but, c’est de tuer toutes les filles sans se faire attraper. Pas de tuer les mecs… Vu que toi et moi, nous ne sommes plus que deux, je pensais forcément que c’était une de nous qui allait devoir y passer…

Brenda-Lee : D’accord, mais pourquoi tu es en colère alors ?

Prudence : Parce que c’est toi qui aurais dû crever ! Voilà pourquoi ! Si je suis la dernière fille et que j’arrive à tenir jusqu’à dimanche, c’est à dire demain, j’empoche le pactole ! Je repars en vie et riche. Plus riche que quiconque ! Je serai la première survivante du plus cruel des jeux ! Je serai une star ! Brenda-Lee semble déconcertée… Mais non ! Il a fallu que ce connard de tueur en série butte ce pauvre Robert ! Ce vieillard tout rabougri… What a shame ! Et toi, tu es toujours en vie…

 

Plan épaules sur Brenda-Lee, face caméra – interview.

 

Le truc c’est qu’ici tous nos sentiments sont exacerbés, forcément.

On essaye de survivre tandis que tous les autres meurent dans d’atroces souffrances autour de nous. On se lie d’amitié avec des êtres qu’on ne connaissait pas il y a 5 jours, et l’on passe de l’amour à la haine en une fraction de seconde. Mais le pire c’est que ce sont des sentiments purs. Vraiment. Ils sont sincères à 300%. Alors oui, bien évidemment, j’étais triste que Prudence révèle ce côté d’elle si méchant, si vil, mais, dans un sens, je le comprenais aussi… C’est ça qui est dur à expliquer. Car sur le coup, je me suis dit : « Mais c’est vrai, si elle meurt, c’est moi qui ai une chance de remporter le jackpot… » J’avais complètement perdu ça de vue et finalement grâce à elle, la règle du jeu m’est réapparue.

 

 

Voix off, caméra se baladant dans le jardin, autour du puits. Gros plan sur la corde ensanglantée qui maintenait Robert par les pieds.

 

Si sur les quatre survivants de l’aventure, Adil, Ivan et Brenda-Lee ont une bonne raison d’en vouloir à Prudence, il y a un événement qui va arriver et qui pourrait bien chambouler toutes les médisances en cours…

 

Il faut alors remonter quelques minutes seulement avant l’assassinat de la jeune fille.

 

 

Plan épaule sur Brenda-Lee, face caméra – interview.

 

J’ai entendu un cri d’effroi. J’étais dans la cuisine à ce moment-là. J’ai attrapé un couteau et j’ai couru pour voir ce qui se passait. Dans le couloir, devant le salon je suis tombée sur Ivan qui paraissait tout aussi interloqué que moi !

 

 

Plan épaule sur Ivan, face caméra – interview.

 

Quand j’ai vu Brenda-Lee qui arrivait en courant avec un couteau à la main, j’ai d’abord eu un peu peur, et puis j’ai compris qu’elle se dirigeait vers le cri et qu’elle voulait juste se protéger.

 

 

Plan sur Brenda-Lee et Ivan dans le couloir, devant le salon.

 

Ivan : Ça vient de dehors. C’est tout près. Sur le perron je pense !

Brenda-Lee : Je te suis !

 

 

Plan épaule sur Ivan, face caméra – interview.

 

Je ne pensais pas que je verrais ça un jour. C’était horrible. Pire que tout ce que j’avais pu déjà voir !

 

Plan épaule sur Brenda-Lee, face caméra – interview.

 

C’est bien simple, j’ai cru que j’allais vomir…

 

 

Plan sur Brenda-Lee, Ivan qui se tiennent sur le perron, alertes, devant Sabrina en sang, à qui il manque la bouche, une oreille, les seins, et qui tient fermement Prudence par la gorge avec un couteau.

 

Ivan : Lâche Prudence, Sabrina, tu m’entends, lâche-là. C’est fini !

Sabrina : Je ne suis pas le tueur ! Je sais que vous me pensiez morte depuis le début. Mais je sais tout ! Ne bougez pas, ou je la tue ! Ivan, écoute-moi, je sais toute la vérité ! Restez tranquilles !

 

Plan épaule sur Brenda-Lee, face caméra – interview.

 

Elle était horrible. On aurait dit une mort-vivante sortie tout droit de l’Enfer. Elle était toute décharnée, presque nue, c’était dégueulasse, il n’y a pas d’autre mot…

C’est à ce moment précis qu’un coup de feu a retenti… Puis un deuxième.

 

Plan épaule sur Ivan, face caméra – interview.

 

Sabrina a été touchée en pleine tête. Et Adil est sorti des bois. Je n’ai pas remarqué tout de suite que Prudence était touchée, elle aussi. Elle a vacillé un peu… a descendu les marches menant au jardin et s’est finalement écroulée sur la pelouse.

Ivan est remonté vers nous en courant et en souriant. Je crois que nous n’avons rien compris de ce qui c’est passé.

 

 

Plan épaule sur Adil, face caméra – interview.

 

Pour moi c’était clair ! Prudence était en réalité la tueuse ! Donc je l’ai tuée ! Quant à Sabrina… Je l’ai malencontreusement touchée la première… En même temps, il aurait bien fallu l’achever à un moment, elle était déjà presque en décomposition…

 

 

Plan sur Adil qui arrive à hauteur de Brenda-Lee et d’Ivan, tous les deux sous le choc.

Adil, en désignant son pistolet : Je le gardais en cas de force majeure ! Ah je l’ai bien eu cette pute !

Brenda-Lee et Ivan se regardent, comme s’ils ne comprenaient pas. Adil s’en aperçoit et tente de leur expliquer.

Adil : C’était Prudence la tueuse, non ? C’est pour ça que Sabrina essayait de la tuer ? Parce qu’elle l’a torturée !

Ivan : Adil, Sabrina était sur le point de nous révéler qui était le tueur ! Et tu l’as froidement abattue avant qu’elle nous révèle son secret !

Brenda-Lee : Elle menaçait Prudence juste pour que l’on ne se jette pas sur elle ! Pour qu’on l’écoute ! Elle allait tout nous dire… Bien que maintenant, il semble évident que l’on a compris…

Adil, lui, fait l’étonné...

Adil : Qu’est ce que vous avez compris ?

Ivan : Qu’il y a manifestement une personne qui s’est arrangée pour qu’elle ne dise rien !

C’est à ce moment-là que Brenda-Lee fait un pas en avant et enfonce son couteau dans l’abdomen d’Adil qui écarquille les yeux tout en portant ses mains à son ventre. Il titube, essaye de dire quelque chose, lâche son arme et passe finalement par la rambarde du grand escalier de pierre pour s’écraser quelques mètres plus bas, non loin de Prudence.

 

 

Plan épaule sur Brenda-Lee, face caméra – interview.

 

C’est ce qu’on appelle avoir de bons réflexes, c’est tout !

 

 

Plan épaule sur Ivan, face caméra – interview.

 

Ça on peut dire qu’elle a eu un bon réflexe.

Brenda-Lee a ramassé le pistolet et j’ai eu peur qu’elle ne le pointe sur moi : double accès de bon réflexe… même si la vérité venait d’éclater, j’ai préféré la rassurer.

 

 

Plan sur Brenda-Lee, Ivan qui se tiennent toujours sur le perron. Brenda-Lee tient encore le couteau dans sa main droite et vient de ramasser le pistolet.

 

Ivan : Je crois que c’est terminé ! Brenda ! Nous sommes les gagnants ! C’est nous ! Nous avons survécu !

 

Brenda-Lee pointe alors son arme sur le nez d’Ivan.

 

Ivan : Qu’est ce qui se passe ? Qu’est ce que tu fais ? On a gagné ! C’est fini ! Calme-toi ! C’est fini je te dis ! C’était Adil le tueur ! C’est Adil le tueur ! A.D.I.L : ADIL ! Ce n’est pas moi ! Je ne suis pas ce putain de tueur en série !!!!

 

Brenda-Lee : Je sais…

 

Et elle lui tire en pleine tête.

 

 

Plan épaule sur Brenda-Lee, face caméra – interview.

 

Voilà. C’était moi depuis le début. Je les ai tous massacrés.

Techniquement je suis un homme, encore pour quelque temps. J’aime mes attributs féminins, mais je ne me résous pas à abandonner ma queue. Si un des mecs avait essayé de me sauter, il s’en serait vite aperçu. C’est pour ça que j’ai gardé Sabrina sous le coude. Au cas où j’aurais un problème et qu’il me faille vite trouver une paire de seins, une bouche pulpeuse, un p’tit cul… Il y avait de quoi faire sur elle, et puis la maintenir en vie c’était aussi une garantie d’organes préserver. Je ne savais pas à quoi m’attendre, du coup dès le jeu commencé, je me suis arrangé(e) pour l’enlever et pour la cacher. Je l’ai d’abord assommée et je suis revenu(e) l’enterrer vivante dans une caisse un peu plus tard. À travers un petit trou je lui donnais de l’eau une fois tous les deux jours. Elle a tenu. Je n’ai aucune idée de la façon dont elle est sortie… quand je l’ai vue, debout devant la porte, maintenant cette saloperie de Prudence, je me suis tout de suite dit que quelqu’un avait dû l’aider et j’ai manqué tuer tout le monde d’un seul coup. Et puis, je me suis souvenu(e) qu’elle ne pouvait pas être sûre que ce soit moi. Est-ce que seulement j’agissais seule ? Elle n’en savait rien... Je comprends pourquoi elle était sur ses gardes. C’était sans compter la connerie de ce pauvre Adil qui a tiré dans le tas, pensant bien faire. Quel idiot. Il aurait pu m’avoir avec son arme, s’il avait fait preuve d’un peu de jugeote.

Je ne sais pas ce qui m’attend maintenant.

A priori j’ai gagné. Je ne sais toujours pas quoi.

Dans mon contrat il est écrit que je si je gagne, j’empoche 3 milliards de dollars. Simplement à aucun moment, il n’est stipulé que j’échappe à la peine de mort. Donc il faut voir.

Je suis cependant surpris(e) que personne n’arrive pour me féliciter.

Je ne sais même pas où nous nous trouvons.

On nous avait dit nous emmener sur une île… mais où ?

Où est l’équipe de production, les caméramans ? Se sont-ils tous enfuis une fois que j’en ai buté un ? Est-ce seulement je passe encore à la télévision ?

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